Partie 2 Galerie des portraits

Tête de femme

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Tête de femme
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Date de création
Époque théodosienne. Vers 375 - 425
Matériau
Marbre de Saint-Béat (Haute-Garonne)
Dimensions
H. 33,5 x l. 30 x P. 30 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 82

Ce portrait féminin se distingue nettement de tous les autres visages qui furent mis au jour à Chiragan. Le regard, tour à tour sévère et mélancolique selon les angles de vue, impose un profond respect. Les pommettes sont saillantes, à l’image du menton, les yeux cernés, les paupières lourdes et le profil anguleux des arcades sourcilières se prolonge, de manière graphique et géométrique, en un nez long et fin. Les sillons naso-labiaux traduisent un âge avancé, peut-être antérieur à quarante ans D. Cazes, Périple méditerranéen : antiquités d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au Musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse. Exposition, Musée Saint-Raymond, Toulouse, 2003, Toulouse, 2003, p. 200.. La coiffure est relativement proche d’un Buste de femme au parchemin, inv. 66.25 Metropolitan museum, Public Domain http://www.metmuseum.org/art/collection/search/468716buste byzantin de jeune femme, conservé au Metropolitan Museum of Art de New York E. Alföldi-Rosenbaum, « Portrait Bust of a Young Lady of the Time of Justinian », Metropolitan Museum Journal, 1, 1968, p. 19‑40, en partic. p. 21, fig. 2-5..

Schématisme et solennité de ce visage altier autorisent une datation tardive. L’œuvre est contemporaine de la séparation de l’Empire romain d’Orient et de l’Empire romain d’Occident, depuis la mort de Théodose I, en 395. Ainsi le règne de cet empereur a-t-il pu servir de repère. Il correspondrait même probablement, à notre avis, à la date la plus haute, le terminus post quem à partir duquel il faudrait situer ce portrait, la date limite la plus basse pouvant se rapporter à la fin du règne de Théodose II, au milieu du Ve siècle. Théodosienne serait bien, par conséquent, l’époque dans laquelle s’inscrit ce visage saisissant. Cependant, et contrairement ce qu’il fut légitime de croire, l’œuvre, qui appartint peut-être à une statue, ne fut conçue ni en Orient ni à Rome dans un atelier oriental mais bien au pied des Pyrénées. Les analyses entreprises par D. Attanasio, M. Bruno et W. Prochaska révèlent en effet que le marbre provient de Saint-Béat (Haute-Garonne). Cette seule information prouve non seulement le maintien de l’activité de la villa durant cette époque tardive (une monnaie de l’époque de Théodose et d’Arcadius a par ailleurs été retrouvée sur le site) mais également l’importance de ses propriétaires au service desquels travaillaient des ateliers aguerris.

Une tête de même type, mais maladroite et taillée dans un calcaire local, a été mise au jour, en 2005, lors d’une fouille à Beauzelle, aux portes de Toulouse F. Veyssière, « L’occupation Antique Du Barricou à Beauzelle (Haute-Garonne) », Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, LXVIII, 2008, p. p. 327.. Elle témoignerait de la notoriété de ce personnage ou au moins du type du portrait. Celle qui pour nous, aujourd’hui, est une inconnue devait donc incarner une puissance certaine. L’éminent personnage appartenait-il au milieu impérial?

Il faut rappeler, enfin, qu’une importante production statuaire de petit et moyen format, issue des décombres de la villa, remonterait au IVe siècle voire à la première moitié du siècle suivant. Qu’elle ait été héritée des précédents propriétaires ou d’éventuels aïeux ou encore fraîchement acquise, la sculpture mythologique, passée par le filtre esthétique de l’Orient romain, demeure bien en usage au cœur même du Vee siècle. Ainsi, ce portrait, au cœur d’un tel ensemble, ne serait-il pas aussi isolé que ce que l’on a bien voulu écrire.

P. Capus

Bibliographie

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Pour citer cette notice

Capus P., "Tête de femme", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan.saintraymond.toulouse.fr/ark:/87276/a_ra_82>.