Partie 3 L’art grec revisité

Repos de deux faunes dans un paysage

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Repos de deux faunes dans un paysage
Date de création
Ier-IIe siècle
Matériau
Marbre
Dimensions
H. 35 x l. 35 x L. x P. 8 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 32

Outre le tableau de l’enlèvement de Perséphone, qui correspond à une catégorie d’œuvre très rare, un second pinax de marbre provient, lui aussi, de la villa. Il représente deux satyres, masculin et féminin, reconnaissables, au premier regard, à leurs pattes de boucs. La scène se déroule devant une grotte, au pied d’un pin pinier (pinus pinea) ou pin parasol. La créature de droite, couchée, prend appui sur son bras gauche, autour duquel est enroulée la pardalide (peau de panthère). Il tend le bras en direction de l’une des trois pommes de pin (strobilos) visibles dans l’arbre. Le satyre féminin lui fait face ; plus petite, elle est assise sur un rocher, le corps enveloppé dans sa peau de bouc, dont l’une des pattes retombe au-devant de l’épaule gauche. Les créatures sont malheureusement acéphales. Ne reste que la trace d’un tenon, à droite, vestige de la liaison de la tête de la créature couchée avec la surface du tableautin. À ces décapitations, s’ajoutent d’autres lacunes : jambe gauche du satyre ou encore bras et jambe du côté droit de la satyresse, également brisés. Enfin, comparant ce relief au tableau montrant Hadès et Perséphone, on constate ici quelques maladresses de proportions et peut-être une plus grande hâte dans l’exécution.

Petits génies champêtres, les satyres évoquent la nature sauvage, à l’image des nymphes ou des sylvains. Le thème est en étroite correspondance avec Dionysos, dont les proches compagnons, comme les symboles, sont largement majoritaires dans le décor de la villa. En témoignent également les dizaines de fragments conservés dans les réserves du musée. La représentation des satyres, partenaires du dieu des forces sauvages du monde, est donc en parfait accord avec cet environnement bachique.

Les pommes de pin font allusion au cône fixé sur la hampe (thyrse) du dieu d’origine orientale. Par ailleurs, à travers la grotte résonne le passage vers un autre monde dont l’antre demeure un symbole puissant. Ce thème de la limite, associé à ceux du mystère et de l’au-delà, semble particulièrement récurrent dans l’iconographie. Il fut visiblement privilégié par des propriétaires probablement férus de messages spirituels, philosophiques comme eschatologiques. La cavité naturelle nous rappelle aussi un épisode de l’enfance du dieu, lorsque les nourrices placèrent le fils de Zeus et de Sémélé dans une boîte en bois de pin et le cachèrent dans une grotte, afin qu’il ne soit pas atteint par la colère de la jalouse Héra A. Motte, « L’expression du sacré dans la religion grecque », J. Ries (éd.), L’expression du sacré dans les grandes religions (Homo Religiosus), Louvain-la-Neuve, 1986, p. 109‑256, p. 215.. On n’oubliera pas non plus que, dans le cadre des mystères dionysiaques, certaines initiations, les catabases (descente symbolique dans le monde des Enfers) étaient apparemment organisées dans des antres rocheux W. Burkert, Les cultes à mystères dans l’Antiquité, Paris, 2003, p. 95.. Ainsi Pausanias évoque-t-il la « grotte-sanctuaire de Dionysos » (Périégèse, V, 19, 6). L’ambiance bucolique, inhérente aux créatures qui forment le cortège (thiase) et l’environnement de Dionysos/Bacchus, mais également une certaine atmosphère spirituelle sont donc symbolisées par ces deux élements naturels que sont le pin et la grotte.

P. Capus

Bibliographie

  • Du Mège 1835 A. Du Mège, Description du musée des Antiques de Toulouse, Toulouse
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  • Du Mège 1828 A. Du Mège, Notice des monumens antiques et des objets de sculpture moderne conservés dans le musée de Toulouse, Toulouse
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  • Espérandieu 1908 É. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 2. Aquitaine, Paris
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  • Joulin 1901 L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane, Paris
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  • Massendari 2006 J. Massendari, La Haute-Garonne : hormis le Comminges et Toulouse 31/1 (Carte archéologique de la Gaule), Paris
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  • Rachou 1912 H. Rachou, Catalogue des collections de sculpture et d’épigraphie du musée de Toulouse, Toulouse
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  • Roschach 1892 E. Roschach, Catalogue des musées archéologiques de la ville de Toulouse : Musée des Augustins, Musée Saint-Raymond, Toulouse
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Pour citer cette notice

Capus P., "Repos de deux faunes dans un paysage", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan.saintraymond.toulouse.fr/ark:/87276/a_ra_32>.