Partie 3 L’art grec revisité

Bacchus

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Bacchus
Bacchus
Bacchus
Date de création
IVe siècle ?
Matériau
Marbre de Göktepe (Turquie)
Dimensions
H. 49 x l. 30 x L. x P. 21 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 134-Ra 137

Le dieu Bacchus (le Dionysos grec) est intimement associé à la nature non civilisée et aux puissances du monde sauvage. Dieu du vin et du théâtre, il est ici représenté couronné et plein de langueur, appuyé contre un cep de vigne, auquel il est également relié par de nombreux étais et ponts. Ses cheveux bouclés sont caractérisés par des sillons, exécutés au ciseau droit, et des creusements, conçus au foret (ou trépan), une technique commune à de nombreuses autres figures de la villa, qu’elles soient de petit ou moyen format. La figure devait être accompagnée au moins d’une autre, peut-être une panthère ou encore un satyre. Son corps est celui d’un pré-adolescent et relève d’une esthétique de type éphébique, appréciée dans le monde grec au IVe siècle avant n. è. Pondération du corps, sinuosité des formes et androgynie semblent conformes à celles de l’Apollon Sauroctone, musée du Louvre, Paris, inv. MR 78, Ma 44,_ Marie-Lan Nguyen /Wikimedia Commons CC BY_Apollon Sauroctone et plus généralement à l’art du sculpteur grec Praxitèle, ici « pastiché » A. Pasquier, J.-L. Martinez, Praxitèle. Exposition, Musée du Louvre, Paris, 23 mars-18 juin 2007, Paris, 2007, p. 340..

Ces caractères, propres au second classicisme grec, sembleraient être encore revisités huit siècles plus tard. Il apparaît quoi qu’il en soit que des sculptures relevant de l’art classique envahissent toujours le cadre domestique des élites, en quête de signes esthétiques identitaires. Le Bacchus de Chiragan pourrait en témoigner. On y perçoit une sensibilité esthétique proche d’une série de sculptures produites par des ateliers orientaux, que Léa Stirling n’hésite pas à dater de l’Antiquité tardive. Ainsi, poli du marbre, division au ciseau et emplacement des coups de trépan dans les longues boucles sinueuses, schématisme des arcades sourcilières et creusement des pupilles rapprochent par exemple le dieu juvénile de Chiragan d’une célèbre statuette de Carthage datée du Ve siècle, représentant Ganymède et l’aigle. Si la base de notre Bacchus a malheureusement disparu, celle de la figure mythologique carthaginoise, formée de deux bandeaux séparés par une gorge, renvoie typologiquement à plusieurs supports de figures mythologiques provenant de Chiragan comme aux bases des statues de Vénus et de Diane, découvertes dans la villa de Saint-Georges-de-Montagne (Gironde) ; deux sculptures, en outre, stylistiquement liées au Bacchus et au Ganymède. Une parenté non moins importante apparaît dans une autre série de figures plus ou moins fragmentaires, dont une statue de Sol (Apollon), mises au jour dans une Ensemble de la _villa_ de Silahtarağa à Constantinople, musée d’Istanbul, Carole Raddato CC BY-SAvilla de Silahtarağa, à Constantinople N. de Chaisemartin, E. Örgen, Les documents sculptés de Silahtaraḡa (Recherche sur les civilisations. Mémoire), Paris, 1984, Pl. 4-5..

Dionysos/Bacchus et son cercle constituent le groupe le plus important dans la villa de Chiragan, environ la moitié de la statuaire indépendante : figures de l’entourage du dieu, à l’image des satyres, des silènes et des ménades ou encore Ariane. Mais la popularité pour ces divinités est, il faut bien l’avouer, commune à l’ensemble des grands domaines et luxueuses demeures à travers tout l’Empire. Dans le contexte des villae tardo-antiques du Sud-Ouest des Gaules ou de la péninsule ibérique, l’évident succès de Bacchus pourrait être la conséquence du renforcement de son rôle de sauveur tout autant que de la bonne fortune des hommes L.M. Stirling, The Learned Collector : Mythological Statuettes and Classical Taste in Late Antique Gaul, Ann Arbor, 2005, p. 87 ; E.M. Koppel, « Die Skulpturenausstattung römischer Villen auf der Iberischen Halbinsel », A. Nünnerich-Asmus (éd.), Denkmäler der Römerzeit (Hispania Antiqua), Mayence, 1993, p. 193‑203, p. 201 ; F. Arasa i Gil, « La decoración escultórica de las villae en el País Valenciano », T. Nogales Basarrate, L.J. Gonçalves (éd.), Actas de la IV Reunión sobre Escultura Romana en Hispania, Lisbonne, 2002, Madrid, 2004, p. 229‑253, p. 233..

En dépit de ces préoccupations spirituelles, la simple fonction décorative ne prendrait-elle pas le pas, ici, sur la fonction symbolique ? On a effectivement vu dans cette séduisante figure et la composition dont elle devait dépendre un simple, mais indéniablement somptueux, pied de table A. Pasquier, J.-L. Martinez, Praxitèle. Exposition, Musée du Louvre, Paris, 23 mars-18 juin 2007, Paris, 2007, p. 340..

P. Capus

Bibliographie

  • Cazes 1999 D. Cazes, Le Musée Saint-Raymond : musée des Antiques de Toulouse, Toulouse-Paris
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  • Espérandieu 1908 É. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 2. Aquitaine, Paris
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  • Joulin 1901 L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane, Paris
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  • Massendari 2006 J. Massendari, La Haute-Garonne : hormis le Comminges et Toulouse 31/1 (Carte archéologique de la Gaule), Paris
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  • Mesplé 1948 P. Mesplé, « Raccords de marbres antiques », La Revue des Musées de France, juillet
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  • Pasquier, Martinez 2007 A. Pasquier, J.-L. Martinez, Praxitèle. Exposition, Musée du Louvre, Paris, 23 mars-18 juin 2007, Paris
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  • Rachou 1912 H. Rachou, Catalogue des collections de sculpture et d’épigraphie du musée de Toulouse, Toulouse
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  • Stirling 2005 L.M. Stirling, The Learned Collector : Mythological Statuettes and Classical Taste in Late Antique Gaul, Ann Arbor
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  • Musée Saint-Raymond 2011 Musée Saint-Raymond, L’essentiel des collections (Les guides du MSR), Toulouse
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  • Musée Saint-Raymond 2013 Musée Saint-Raymond, Une odyssée musicale. Exposition, musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse, 5 avril-15 septembre 2013, Toulouse
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Pour citer cette notice

Capus P., "Bacchus", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan.saintraymond.toulouse.fr/ark:/87276/a_ra_134_ra_137>.