Partie 4 L’antiquité tardive

Hercule et les écuries d’Augias

0%
Hercule et les écuries d’Augias
Date de création
Fin du IIIe siècle
Matériau
Marbre de Saint-Béat (Haute-Garonne)
Dimensions
H. 138 x l. 85 x P. 20 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 28 j

Cinquième des douze Travaux, l’épisode des écuries se déroule dans le royaume d’Élide, à l’ouest du Péloponnèse. Le roi Augias, fils du Soleil (Hélios), possédait d’immenses troupeaux. Mais il négligeait de faire entretenir ses écuries au point que l’accumulation du fumier rendait les terres environnantes stériles. Eurysthée voulut humilier Héraclès/Hercule en lui confiant cette tâche, habituellement réservée aux esclaves. Pour nettoyer ces écuries, le héros entreprit le détournement de deux cours d’eau, l’Alphée et le Pénée. La convergence de leurs eaux engendra le courant nécessaire à l’assainissement des locaux.

Sur le relief de Chiragan, seul le héros est représenté ; pied droit posé sur un panier renversé, en l’occurrence inutilisé, il contemple le courant faire l’humiliant travail à sa place. Encore une fois, son attitude rappelle certaines figurations de dieux grecs, au moins depuis l’époque du sculpteur Lysippe, au IVe siècle avant n. è. C. Rolley, La sculpture grecque , 2 : La période classique (Les manuels d’art et d’archéologie antique), Paris, 1999, p. 333-334., dont l’art romain se souvint. La pose avait été, entre-temps, reprise durant l’époque hellénistique, dans la statuaire comme sur les frappes monétaires, afin de figurer des dieux, tutélaires ou encore fondateurs. On se souviendra également de la célèbre série des tétradrachmes sur lesquels Démétrios Poliorcète, roi de Macédoine, se fit ainsi représenter, reprenant probablement une statue-portrait d’Alexandre le Grand SNG (Sylloge Nummorum Graecorum), Copenhague, s. d.. Dans le monde romain, cette même composition, associant nudité, un pied reposant sur un rocher ou un quelconque symbole guerrier ou allégorique et corps penché en avant, fut acclimatée au contexte politique de la fin des guerres civiles et adaptée à l’univers du portrait par l’héritier de César, Octave, figuré de la sorte afin de suggérer sa nouvelle position de maître du monde C.H.V. Sutherland, The Roman Imperial Coinage. Volume I, From 31 BC to AD 69, éd. révisée, Londres, 1984, 256 ; J.-B. Giard, Bibliothèque nationale. Catalogue des monnaies de l’Empire romain, Paris, 1976, p. Pl. 13-14.. La posture fut également adoptée par des personnalités qui, sans bénéficier d’une telle aura militaire ou politique, recevaient cependant l’hommage sous forme d’un portrait ; ainsi en est-il pour la Caius Cartilius Poplicola, musée d’Ostie, Sailko / Wikimedia Commons CC BYstatue du duumvir Cartilius Poplicola, découverte au niveau de l’escalier du temple d’Hercule d’Ostie, élevée durant l’époque triumvirale, celle des années 40-30 avant notre ère.

À l’image de la statue de moyen format représentant Hercule appuyé sur sa massue, la main du héros est ramenée dans le dos, soulignant le repos après l’action, en l’occurrence le creusement des dérivations de l’Alphée et du Pénée. Enfin peut-on remarquer le changement de physionomie d’Hercule ; contrairement au visage glabre retenu pour les premiers Travaux, une barbe abondante est ici présente, en tant qu’illustration de la maturité. Au fur et à mesure de ses succès, le fils de Jupiter acquiert la sagesse. Parallèlement à la voie qui le conduira vers la divinisation, débute le changement d’apparence qui lie l’image du héros à celles des dieux gréco-romains : Jupiter, Pluton ou encore Esculape.

P. Capus

Bibliographie

  • SNG (Sylloge Nummorum Graecorum) s. d. SNG (Sylloge Nummorum Graecorum), Copenhague
    .
  • Bergmann 1999 M. Bergmann, Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden
    .
  • Cazes 1999 D. Cazes, Le Musée Saint-Raymond : musée des Antiques de Toulouse, Toulouse-Paris
    .
  • Du Mège 1835 A. Du Mège, Description du musée des Antiques de Toulouse, Toulouse
    .
  • Du Mège 1828 A. Du Mège, Notice des monumens antiques et des objets de sculpture moderne conservés dans le musée de Toulouse, Toulouse
    .
  • Espérandieu 1908 É. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 2. Aquitaine, Paris
    .
  • Joulin 1901 L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane, Paris
    .
  • Massendari 2006 J. Massendari, La Haute-Garonne : hormis le Comminges et Toulouse 31/1 (Carte archéologique de la Gaule), Paris
    .
  • Mesplé 1948 P. Mesplé, « Raccords de marbres antiques », La Revue des Musées de France, juillet
    .
  • Rachou 1912 H. Rachou, Catalogue des collections de sculpture et d’épigraphie du musée de Toulouse, Toulouse
    .
  • Roschach 1865 E. Roschach, Catalogue des antiquités et des objets d’art, Toulouse
    .
  • Ziéglé 2002 A. Ziéglé, L’Hercule de Bordeaux (Les chefs-d’oeuvre du Musée d’Aquitaine), Bordeaux
    .

Pour citer cette notice

Capus P., "Hercule et les écuries d’Augias", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan.saintraymond.toulouse.fr/ark:/87276/a_ra_28_j>.