Partie 4 L’Antiquité tardive

Une époque faste

Bacchus
Bacchus

Comment retracer l’histoire d’un tel ensemble de constructions ? De son évolution ? De son aspect ? Si notre seule source documentaire demeure bien l’inestimable somme publiée en 1901 par Léon Joulin, dernier fouilleur du site, la sculpture qui fut extraite de la villa représente le seul témoignage matériel, hors quelques rares objets, dont il faut bien se contenter jusqu’à présent. Une éclatante preuve, cependant, du prestige du lieu. Si un tel assemblage de marbres, en un même lieu, ne peut qu’être très difficilement interprété, les typologies et les styles, parfois même une certaine prédisposition pour certains thèmes, aident toutefois à percevoir différentes périodes d’occupation. En raison de l’apparent isolement chronologique d’une belle et rare tête féminine, datée de la fin du IVe ou du début du Ve siècle, on ne pouvait que spéculer, par manque de matériel archéologique supplémentaire, sur une occupation, voire une ré-occupation, très tardive du site. Il paraissait par ailleurs difficile d’aller plus avant tant que les datations les plus tardives n’excédaient pas le IIIe siècle D. Cazes, Le Musée Saint-Raymond : musée des Antiques de Toulouse, Toulouse-Paris, 1999, p. 83-117 et 147.. Les études de Marianne Bergmann M. Bergmann, Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999., Niels Hannestad N. Hannestad, Tradition in Late Antique Sculpture : Conservation, Modernization, Production (Acta Jutlandica. Humanities Series), Aarhus, 1994, p. 294-295 ; N. Hannestad, « Late Antique Mythological Sculpture - In Search of a Chronology », F.A. Bauer, C. Witschel, Ludwig-Maximilians Universität (éd.), Statuen in Der Spätantike, Wiesbaden, Allemagne, 2007, p. 273‑305 ; N. Hannestad, « The Classical Tradition in Late Roman Sculpture », Akten Des XIII Internationalen Kongresses Für Klassische Archäologie, Berlin, 1988, Mayence, 1990. et Lea Stirling L.M. Stirling, « Gods, Heroes, and Ancestors : Scuptural Decoration in Late-Antique Aquitania », La Civilisation Urbaine de l’Antiquité Tardive Dans Le Sud-Ouest de La Gaule. Actes Du Ille Colloque Aquitania et Des XVIe Journées d’Archéologie Mérovingienne Toulouse 23-24 Juin 1995, Bordeaux, 1996 (2), p. 209‑230, p. 209-230 ; L.M. Stirling, The Learned Collector : Mythological Statuettes and Classical Taste in Late Antique Gaul, Ann Arbor, 2005. ont notamment permis de réviser certaines données chronologiques.

Il faut le répéter, les différents états proposés par Léon Joulin au sujet de la villa pourront être confirmés dans le seul cas d’une reprise consciencieuse des fouilles, programmées et de grande ampleur. En attendant, un impressionnant ensemble de sculptures en marbre de Saint-Béat, qui équivaut à un pourcentage élevé de la statuaire extraite de la villa, permet aujourd’hui d’établir un point de repère chronologique plus affiné dans le cadre de l’histoire du décor.

Les marbres des Pyrénées

Parmi les hypothèses échafaudées au sujet de l’ensemble sculpté de la villa, certaines peuvent aujourd’hui être étayées grâce à une connaissance des marbres employés D. Attanasio, M. Bruno, W. Prochaska, « The Marbles of the Roman Villa of Chiragan at Martres-Tolosane (Gallia Narbonensis) », Archäologischer Anzeiger, 1, 2016, p. 169‑200.. Les analyses ont ainsi conduit à des résultats édifiants quant à la constitution de la longue série des portraits, exécutés à 80% dans des marbres orientaux. Ces études ont également permis de confirmer ce que Léon Joulin déjà supposait concernant certaines œuvres mythologiques plus tardives, et certains portraits probablement contemporains, soit l’utilisation de marbres locaux, provenant des carrières de Saint-Béat.

Il revient en effet à l’archéologue d’avoir distingué les caractéristiques communes qui, d’un point de vue stylistique, pouvaient unir le cycle des Travaux d’Hercule aux bustes des dieux sur bouclier (imago clipeatae) L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane, Paris, 1901, p. 91-92.. Ces rapprochements ont été, plus récemment, approuvés et développés et le groupe s’est même considérablement élargi avec l’incorporation du grand Sarapis, la série des masques de théâtre, celle des masques bachiques et des saisons et l’Assemblée de philosophes avec Socrate M. Bergmann, Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999, p. 198-200 ; J.-C. Balty, D. Cazes, Les portraits romains , 1 : Époque julio-claudienne, 1.1 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2005, p. 126-137.. Faut-il y ajouter les représentations d’Isis acéphale et Harpocrate ? Le rapprochement entre ces deux dernières sculptures, en ronde-bosse, et le grand haut-relief du Sarapis pose davantage de problème. L’absence de tête pour la statue d’Isis, d’une part, et les différences dans la manière de concevoir la chevelure d’Harpocrate de l’autre, n’engagent pas à faire de cette triade isiaque un groupe homogène. Le grand dieu d’Alexandrie, Sarapis, en raison d’une chevelure dont les spécificités formelles peuvent être rapprochées des œuvres postérieures au Haut-Empire, se détache sur une plaque dont le double bandeau d’encadrement rappelle fortement celui des reliefs d’Hercule et de l’Assemblée de philosophes. L’intervention d’un même atelier n’a donc pas lieu d’être écartée.

Un groupe dynastique et un décor exceptionnel

Plusieurs œuvres, plus ou moins altérées, ont été rattachées par J.-C. Balty à l’époque tétrarchique, plus précisément aux années 290. On distingue, dans cette série, quatre têtes complètes et une cinquième, très lacunaire. Elles doivent être associées à quelques éléments d’un relief, récemment restitué, représentant un homme debout, vêtu d’une tunique à manches longues et d’une toge M. Bergmann, Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999, p. 32. ; l’avant-bras droit de cette effigie, frontale et hiératique, avec sa main tenant la mappa (étoffe), n’est pas perdu, contrairement à ce qui fut parfois écrit L.M. Stirling, The Learned Collector : Mythological Statuettes and Classical Taste in Late Antique Gaul, Ann Arbor, 2005, p. 61..

Une rigoureuse démonstration, puissamment étayée, a autorisé J.-C. Balty à reconnaître dans ces très rares images l’empereur Maximien Hercule, son épouse, Eutropia, leur fils, Maxence, et leur belle-fille, Valeria Maximilla. Plusieurs points communs permettent d’agréger ces portraits dynastiques à d’autres sculptures dont les thèmes d’ascendance hellénique se conjuguent à des caractères formels qui entrent en résonance avec l’art de l’Antiquité tardive. On relève, en effet, des similitudes notables, précédemment évoquées, entre les têtes du cycle herculéen, les médaillons des dieux, le Sarapis, certains masques ou enfin, le relief au Socrate : la stylisation des physionomies est associée, sur ces œuvres, à d’épaisses boucles, au niveau des chevelures comme dans les barbes, dont les terminaisons effilées forment des séries de fourches bifides ou trifides, relevées par de profonds percements circulaires au foret M. Bergmann, « Un ensemble de sculptures de la villa romaine de Chiragan, oeuvre de sculpteurs d’Asie Mineure, en marbre de Saint-Béat ? », J. Cabanot, R. Sablayrolles, J.-L. Schenck (éd.), Les marbres blancs des Pyrénées : approches scientifiques et historiques. Colloque, 14-16 octobre 1993, Saint-Bertrand-de-Comminges, Saint-Bertrand-de-Comminges, 1995, p. 197‑205, p. 198 ; D. Cazes, Le Musée Saint-Raymond : musée des Antiques de Toulouse, Toulouse-Paris, 1999, p. 85 ; J.-C. Balty, D. Cazes, Les portraits romains , 1 : Époque julio-claudienne, 1.1 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2005, p. 126-127..

Le décor, hypothétiquement mis en place à partir des années 280, et dont la conception a pu s’étendre jusqu’au changement de siècle, doit probablement être associé à la création et à l’installation des statues-portraits monumentales représentant les membres de la famille de l’auguste Maximien M. Bergmann, « Un ensemble de sculptures de la villa romaine de Chiragan, oeuvre de sculpteurs d’Asie Mineure, en marbre de Saint-Béat ? », J. Cabanot, R. Sablayrolles, J.-L. Schenck (éd.), Les marbres blancs des Pyrénées : approches scientifiques et historiques. Colloque, 14-16 octobre 1993, Saint-Bertrand-de-Comminges, Saint-Bertrand-de-Comminges, 1995, p. 197‑205, p. 198-200 ; J.-C. Balty, D. Cazes, Les portraits romains , 1 : La Tétrarchie, 1.5 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2008, p. 126-129.. Ces années correspondent, en premier lieu, à la campagne, menée durant l’année 286, en Gaule, par l’empereur contre les Bagaudes. Ces populations révoltées, issues des campagnes, « pâtres et brigands », selon Aurelius Victor, qui furent « rassemblées par deux chefs, Elianus et Amandus, et qui avaient ravagé les campagnes avant de décider de pénétrer dans les villes » (« …Helianum Amandum que per Galliam excita manu agrestium ac latronum, quos Bagaudas incolae vocant, populatis late agris plerasque urbium tentare… ») A. Victor, Liber de Caesaribus, 360 (circa), XXXIX, 17.. Dans son discours à la gloire de Maximien, le rhéteur Mamertin assimile ces populations rurales à des Géants qu’aurait combattu Jupiter Mamertin, Panégyrique, IIIe siècle, X (2), 4, 2.. La campagne contre les Bagaudes, événement qui aurait permis à Maximien de recevoir le titre d’Auguste, pourrait donc fort bien avoir participé à la genèse du grand cycle.

On sait que, depuis Trèves, Maximien partit par la suite combattre en Espagne, au printemps 296, afin de mettre fin aux exactions des Francs qui pratiquaient, depuis au moins le début de la décennie, de nombreux actes de piraterie sur toutes les côtes de la péninsule ibérique. Cette action lui aurait valu l’épithète d’« Arès ibérique » (Iberikos Arès). L’Afrique sera l’étape suivante, à la fin de l’hiver 297 P. Maymó i Capdevila, « Maximiano en campaña : matizaciones cronológicas a las campañas hispanas y africanas del Augusto Hercúleo », 12, 2000, p. 229‑257, en partic. p. 230 ; J.-C. Balty, D. Cazes, Les portraits romains , 1 : La Tétrarchie, 1.5 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2008, p. 130.. Au-delà du Détroit de Gibraltar, Maximien devait notamment affronter le peuple maure des Quinquegentanei, tribu semi-nomade qui avait attaqué les territoires romains. Défaits une première fois par le gouverneur de la Césarienne, Aurelius Litua, durant l’hiver 292-293, ils reprirent leur action belliqueuse, source de la nouvelle campagne engagée par Maximien en 297 J.-C. Balty, D. Cazes, Les portraits romains , 1 : La Tétrarchie, 1.5 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2008, p. 130..

Les reliefs d’Hercule le rappellent bien : le fils de Jupiter est un héros civilisateur, victorieux de la barbarie et des monstres. Maximien ne participe-t-il pas, lui aussi, au sauvetage de l’univers, sous l’égide des dieux ? C’est ce que soulignent, notamment, les deux panégyriques, prononcés en son honneur, qui rappellent les invasions des barbares germains, les usurpateurs, les pillages des paysans révoltés et, enfin, les pirates. Les Antoninien. Portrait de Maximien et Hercule garant de la paix, atelier de Lyon, Maxime Cambreling / Wikimedia Commons CC BY-SAmonnaies ne font qu’entériner cette mission. L’empereur Maximien incarne ainsi, sans conteste, un héros ; il est le nouvel Hercule. Il faut certainement voir dans la représentation de l’homme barbu, aux dimensions impressionnantes et à l’expression impérieuse, une effigie du souverain, issue du même atelier de sculpture que les reliefs des médaillons et des Travaux d’Hercule.

Sources archéologiques et chronologie

Selon le recensement de Léon Joulin, 151 monnaies proviendraient de Chiragan. Si 25 de ces exemplaires demeuraient illisibles, 22 furent attribuées au Ier siècle et 23 au siècle suivant. 23 autres frappes remontaient au IIIe siècle et pas moins de 58 furent attribuées au seul IVe siècle. Seules 18 de ces monnaies sont encore présentes dans le médaillier du musée Saint-Raymond V. Geneviève, « Les monnaies des établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane. 2 : Les monnaies des sites de Chiragan, Bordier, Sana, Coulieu, Saint-Cizy et du Tuc-de-Mourlan », Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, LXVIII, 2008, p. 95‑140, en partic. p. 98-100..

Parmi les découvertes des environs immédiats, figurait notamment un lot mis au jour au Tuc-de-Mourlan. Le site, localisé à trois kilomètres et demi à l’est de la villa, aux confins des actuelles communes de Martres-Tolosane et de Boussens, avait été reconnu comme un vicus par Léon Joulin. Cette modeste agglomération de plaine était constituée de bâtiments majoritairement rectangulaires, alignés de part et d’autre de la voie qui menait de Tolosa à Aquae Tarbellicae (Dax) L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane, Paris, 1901, p. 179 ; P. Sillières, « Les campagnes », J.-M. Pailler (éd.), Tolosa: nouvelles recherches sur Toulouse et son territoire dans l’Antiquité, Rome, 2002, p. 373‑402, p. 385.. L’établissement appartenait donc à la série des nombreuses implantations répertoriées dans ce secteur, très majoritairement réparties sur la rive gauche de la Garonne, la plus propice à la circulation et aux échanges. Le long des deux voies, routière et fluviale, ces « établissements » comprenaient aussi bien des villae (Chiragan, Bordier, Sana et Coulieu) que des regroupements de bâtiments à vocation agricole ou commerciale (Saint-Cizy, le Tuc-de-Mourlan) L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane, Paris, 1901, p. 162-184..

De la série monétaire issue du site du Tuc-de-Mourlan, à quelques encablures des bâtiments de la célèbre villa, provient en particulier un denier, qui a attiré l’attention de V. Geneviève. Denier de Dioclétien provenant de Martres-Tolosane atelier de Lyon, Vincent Geneviève, musée Saint-RaymondCette émission, récemment examinée par l’œil avisé du numismate, est attribuable à l’atelier de Lyon et compte parmi les premières frappes du pouvoir impérial à deux têtes, formé par Dioclétien et son co-empereur, Maximien Hercule. Denier de Dioclétien provenant de Martres-Tolosane atelier de Lyon, Vincent Geneviève, musée Saint-RaymondLe revers porte la légende IOVI CONSERVATORI (« à Jupiter Conservateur »), hommage au datif qui accompagne l’image du dieu protecteur omnipotent, et défenseur de l’empereur Dioclétien, debout à gauche, accompagné de l’aigle, le foudre tenu par la main droite abaissée, un sceptre dans la gauche. Comme le rappelle le chercheur, deniers et quinaires sont pour l’époque des « monnaies exceptionnelles, qui n’ont pas pour vocation première de circuler mais plus spécifiquement de marquer et de célébrer un événement » V. Geneviève, « Un denier inédit de Dioclétien frappé à Lyon à la fin de l’année 286, découvert au XIXe siècle sur le site du Tuc-de-Mourlan (Martres-Tolosane, Haute-Garonne) », Cahiers Numismatiques, 180, 2009, p. 31‑39, en partic. p. _3_7.. La modestie apparente de ce document ne saurait donc en évincer la portée symbolique car il est permis de voir en lui un probable indicateur de la présence d’un protagoniste en lien direct avec les décisions et les initiatives impériales.

À ce document numismatique, il est possible d’ajouter d’autres témoignages. Il nous faut, pour cela, quitter Chiragan et son environnement. Car c’est en Espagne et au Portugal que plusieurs sources archéologiques, dans le domaine de l’épigraphie, de la sculpture et de l’architecture, peuvent indéniablement nous aider à mieux comprendre les transformations et le dynamisme de la villa des bords de Garonne à l’époque des Tétrarques. Ces témoignages furent, en effet, replacés dans un contexte historique similaire à celui du denier de Dioclétien. Il s’agit là de divers milliaires, qui démontrent la restauration des voies de circulation, dans la péninsule Ibérique, durant la première moitié des années 290, d’un Bas-relief de Mérida, museo romano de Mérida, Santiago Abellabas-relief triomphal de Mérida (Augusto Emerita) ou encore du Palais romain de Cercadilla, Américo Toledano / Wikimedia Commons CC BY-SApalais romain de Cercadilla, à Cordoue, lui aussi daté de la première Tétrarchie et dont la construction, attribuée à l’action impériale elle-même, aurait été menée très rapidement Z. Mráv, « Maniakion – The Golden Torc in Late Roman and Early Byzantine Army. Preliminary Research Report »., T. Vida (éd.), Romana Gothica II, The Frontier World, Romans, Barbarians and Military Culture, Budapest 1-2 Octobre 2010, Budapest, 2015, p. 287‑303, p. 289, 290, fig. 4 ; J. Arce Martínez, « Un relieve triunfal de Maximiano Herculeo en Mérida y el P. Stras. 480 », Cuadernos emeritenses, 22, 2003, p. 47‑70, en partic. 47-70 ; R. Hidalgo Prieto, Espacio público y espacio privado en el conjunto palatino de Cercadilla (Córdoba) : el aula central y las termas (Arqueología. Serie Monografías. Cercadilla), Séville, 1996, p. 149-156 ; J.-C. Balty, D. Cazes, Les portraits romains , 1 : La Tétrarchie, 1.5 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2008, p. p. 130-131, n. 51, fig. 110.. Tous seraient tributaires de l’œuvre militaire de Maximien Hercule.

De cet empereur, Chiragan nous a livré deux portraits, une tête colossale, probable vestige d’une statue en pied selon J.-C. Balty, et l’exceptionnel, même si lacunaire, bas-relief, mentionné plus avant. L’apparence originale de cette effigie devient plus compréhensible lorsqu’on la rapproche de deux célèbres sculptures en ronde-bosse, conservées dans les musées du Capitole et exposées à la Centrale Montemartini. Ces portraits en pied, dits « magistrats », datés de la fin du IVe siècle, furent découverts à Rome dans les « jardins de Licinius » (Horti Liciniani) M. Cima, « Statua di Magistrato anziano », S. Ensoli, E. La Rocca (éd.), Aurea Roma : dalla città pagana alla città cristiana. Mostra, Palazzo delle esposizioni, Roma, 22 dicembre 2000-20 aprile 2001, Rome, 2000, p. 432-433, no 12.. Leurs vêtements sont assurément identiques à celui de Maximien Hercule à Chiragan. Par-dessus la tunique à manches longues, la toge est dite à contabulatio, en raison du large repli oblique, barrant la poitrine, qui forme un étagement de froncements plats, comprimés ; une technique du drapé connue depuis l’époque sévérienne. La mappa est un autre élément qui réunit, iconographiquement, les magistrats romains du bas-relief lacunaire, des bords de Garonne. Cette étoffe blanche, jetée dans l’arène afin de donner le départ des courses de chars, faisait allusion à l’inauguration des jeux dans le cadre de l’un des consulats. Une magistrature que Maximien endossa huit fois, entre 287 et 304.

Pascal Capus

Pour citer cette partie

Capus P., "L’Antiquité tardive", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan.saintraymond.toulouse.fr/partie-04>.

Notices L’Antiquité tardive

Portraits dynastiques de l’époque tétrarchique

Le décor figuré

Le décor architectural